Ressentir ses émotions n’est pas un exercice auquel nous a habitué notre construction sociale. La plupart du temps, on s’acharne à les enfouir ou à les éviter pour ne pas avoir à y faire face.

Pourtant, la meilleure façon d’apprendre à les gérer est bien d’accueillir pleinement ses émotions : se reconnecter à soi, accepter aussi bien ses émotions négatives que positives, être en harmonie avec soi-même…

Développer son intelligence émotionnelle demande pour nombre d’entre nous un véritable travail de fond !

Dans cet article, je vous invite à découvrir le véritable fonctionnement de ces ressentis physiques parfois si violents, ainsi qu’un exercice pour ressentir et comprendre ses émotions dans leur entièreté.

Ressentir ses émotions négatives comme ses émotions positives

La toute première chose sur laquelle il convient d’insister, c’est qu’il est indispensable d’apprendre à ressentir TOUTES ses émotions : nous devons pouvoir les accueillir sans distinction.

Plutôt à tort, on parle souvent d’émotions négatives et d’émotions positives pour évoquer les émotions désagréables ou agréables.

On imagine ainsi devoir éviter celles qui sont « négatives », car elles sont pour nous des freins.

Cependant, pour comprendre tout l’éventail des ressentis humains, nous devons être en capacité de les accueillir tous, y compris lorsqu’ils ne nous plaisent pas.

Les émotions négatives font pleinement partie de la vie. Elles sont utiles à notre santé mentale :

  • La colère face à l’injustice
  • La peur face au danger
  • La tristesse face au deuil
  • Etc.

Telles une boussole, nos émotions nous aident à faire les bons choix. Elles font partie de la palette des sentiments humains et il faut apprendre à toutes les respecter.

Ressentir ses émotions et se connecter à soi

Comprendre le fonctionnement physique et physiologique des émotions

Mais déjà, savez-vous bien ce que c’est qu’une émotion ?

On pense souvent qu’une émotion n’existe que dans notre tête, que quelque chose se passe dans notre cerveau qui altère notre ressenti. Ce n’est pas tout à fait faux, car la plupart du temps nos pensées sont le point de démarrage de l’émotion.

En réalité, une émotion est d’abord et avant tout un phénomène physique et physiologique.

Les explications qui vont suivre schématisent le processus, si vous souhaitez aller plus loin je vous invite à vous tourner vers des sources de neuropsychologie. Pour ma part, je m’inspire en grande partie du livre de la neuropsychologue Lisa Feldman Barrett, How emotions are made.

1. La formation d’une pensée

Une pensée se forme dans notre cerveau (parmi environ 60 000 par jour).

Physiquement, elle correspond à la connexion de neurones, ou plus exactement à la communication d’une chaîne de neurones dans notre cerveau, qui génère une impulsion électrique.

2. Une impulsion électrique

Cette impulsion envoie un message à la glande pituitaire qui est, entre autres, le centre de contrôle de la production hormonale.

3. La conception d’une émotion

Selon le message électrique (la pensée), la glande produit un cocktail d’hormones et de neurotransmetteurs uniques correspondant à l’émotion associée (pour nous) à cette pensée.

Ce cocktail se répand dans le corps où il est réceptionné uniquement par les cellules concernées, qui vont à leur tour entraîner un changement d’état physiologique de notre corps. C’est un processus NORMAL, qui crée une altération de l’équilibre de notre corps.

Par exemple :

  • Circonstance : Quelqu’un me pose une question en public sur mon domaine d’expertise et je ne sais répondre.
  • Ma pensée : J’aurais dû savoir ça, je suis nulle.
  • Mon émotion : Honte

Mon cerveau envoie alors dans mon corps le cocktail unique qui correspond à ma honte et qui est réceptionné par les cellules qui font rougir mes joues, qui me donnent une bouffée de chaleur et une sueur.

Le tout entraînant un déséquilibre physiologique et un inconfort plus ou moins intense.

4. Un déséquilibre physiologique passager

Ce déséquilibre physique est désagréable, mais il n’est pas dangereux.

Quand j’apprends à ressentir mes émotions, j’observe ce changement sans jugement et je laisse à mon corps le temps qu’il faut pour retourner à son équilibre.

5. Une délicate gestion de l’émotion

La plupart d’entre nous n’avons ni appris le fonctionnement de ce processus, ni à faire ce travail d’acceptation.

Donc au lieu de ressentir ses émotions, on met en place des mécanismes qui nous empêchent de les accueillir, mais qui ne font que retarder ou déplacer un problème.

En bref, on pourrait dire que lutter contre ces émotions, c’est comme essayer de lutter contre un mal de tête : Ça ne marche pas.

Identifier les mécanismes qui bloquent l’accueil de nos émotions

Il est important de prendre conscience des blocages qui empêchent de ressentir ses émotions. Bien les identifier permet d’éviter ces comportements pour authentiquement se connecter à soi-même.

La compensation

La compensation, ou le détournement, d’une émotion négative est une technique d’évitement, qui consiste à tourner son attention sur autre chose pour se sentir mieux :

  • Boire un verre
  • Manger des sucreries
  • Fumer une cigarette
  • Se perdre sur les réseaux sociaux
  • Etc.

Cette stratégie entraîne à long terme des conséquences négatives par rapport à nos objectifs à long terme : Pour la santé par exemple, quand on mange ou boit. Pour nos finances, quand on compense par des achats impulsifs. Pour nos relations ou nos projets, quand on perd du temps sur les réseaux, etc.

Elle peut entrainer de mauvaises habitudes ou des addictions.

La réaction

La réaction à une émotion consiste à dissiper le déséquilibre qu’on ressent par une action.

En réagissant, on se concentre sur ce qui nous est extérieur : partir en claquant la porte, crier… Bref, quoi que ce soit qui permette d’évacuer la pression.

Mais bien souvent, après cela, une émotion négative comme la colère se transforme en une autre émotion désagréable, comme la culpabilité.

La lutte

Lutter ou résister contre une émotion, c’est ce que l’on fait quand on estime qu’on ne devrait pas ressentir telle ou telle émotion, ce qui en rajoute d’autres.

Cette attitude conduit à accumuler des tensions qui peuvent se transformer en stress chronique.

Faire taire, enfouir une émotion, c’est comme la repousser comme un ballon sous l’eau : cela demande beaucoup d’efforts et nous fait nous sentir très mal.

La résistance aux émotions ne peut pas fonctionner sur le long terme, car la cocotte-minute risque à tout moment l’explosion !